Face à la crise climatique – capitalisme, décroissance et écosocialisme
Par Daniel Tanuro le Samedi, 13 Décembre 2008 PDF Imprimer Envoyer

Le changement climatique est bien plus qu’un problème écologique parmi d’autres : l’expression chimiquement pure du fait que l’irrépressible logique capitaliste d’accumulation entraîne l’humanité à détruire l’environnement au sein duquel les civilisations se sont développées depuis six mille ans. Parer le danger n’est possible qu’en réduisant radicalement les émissions de gaz à effet de serre, donc aussi les flux d’énergie et de matières. Les délais sont brefs. L’énormité du défi, l’ampleur vertigineuse des politiques à déployer, l’urgence de leur mise en oeuvre et la coïncidence avec la crise économique la plus grave depuis 1929 confèrent subitement un sens très concret à la perspective écosocialiste, à la fois anticapitaliste et antiproductiviste.

La gauche n’a pas accordé l’attention nécessaire au rapport d’évaluation rendu public en 2007 par le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC). Des impressions superficielles quant au bilan décevant de la conférence des Nations Unies à Bali (décembre 2007) ont détourné l’attention des documents préparés par les experts. Or, les conclusions découlant de ceux-ci ont des implications majeures pour tout projet socio-politique – en particulier pour le projet socialiste mondial de satisfaction des besoins humains démocratiquement déterminés.

Les conclusions à tirer du rapport du GIEC peuvent être synthétisées de la façon suivante:

- les pays industrialisés doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95% d’ici 2050, en passant par une réduction intermédiaire de 25 à 40% en 2020 (par rapport à 1990);

- les pays en développement doivent « dévier substantiellement » (de 15 à 30%) du scénario de référence « business as usual » dès 2020 (2050 pour les pays africains);

- les émissions mondiales doivent culminer au plus tard en 2015 et diminuer régulièrement ensuite afin d’être réduites de 50 à 85% en 2050 (par rapport à 2000);

- la décroissance des émissions doit se poursuivre au-delà de 2050, jusqu’à suppression totale entre 2060 et la fin du siècle, selon les régions. Des « émissions négatives » (des absorptions de CO2 atmosphériques) pourraient même être nécessaires à la stabilisation du climat.

Un effort herculéen

Les rapports du GIEC ne formulent pas à proprement parler de « recommandations ». Cependant, il ne fait aucun doute que, parmi les scénarios examinés par les experts, la combinaison de mesures résumées ci-dessus est celle qu’il convient d’adopter si l’on veut lutter sérieusement contre le changement climatique. En effet, c’est la seule qui permette de remplir à la fois deux conditions sine qua non, relatives respectivement à la limitation maximale des impacts socio-écologiques du réchauffement et à la justice Nord-Sud : 1°) maintenir la hausse de température moyenne à la surface du globe entre 2 et 2,4°C ; 2°) agir conformément au principe des « responsabilités communes mais différenciées ».

En 1996, le Conseil des ministres de l’Union Européenne s’était fixé pour but de ne pas dépasser 2°C de hausse par rapport à la période pré-industrielle. Le dernier rapport du GIEC ne fait plus état d’un scénario permettant d’atteindre cet objectif. Celui-ci reste pourtant plus que jamais pertinent : c’est ainsi que le tableau récapitulatif des conséquences du réchauffement, dans le rapport 2007, montre clairement que, au-delà de 1,7°C de hausse par rapport à 1780 (+1,3°C par rapport au présent), les impacts risquent de devenir très préoccupants, notamment en termes de pénurie d’eau, de production agricole et de santé humaine [1]. Mais l’accélération du réchauffement est telle qu’il n’est probablement plus possible de ne pas dépasser +2°C... Il est donc impératif d’adopter les objectifs de réduction d’émissions les plus radicaux du GIEC, tels qu’ils figurent ci-dessus, et même de les considérer comme le minimum à atteindre. Ne pas le faire revient à condamner des centaines de millions de pauvres, principalement dans les pays pauvres, alors que leur responsabilité dans le changement climatique est nulle ou insignifiante.

Ceci nous amène à la deuxième condition : le respect du principe des « responsabilités communes mais partagées ». Inscrit dans la Convention cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC, Rio1992), il renvoie au fait que les pays développés sont historiquement responsables à plus de 70% du réchauffement de l’atmosphère dont les pays du Sud sont les principales victimes [2]. Le Nord doit donc non seulement réaliser la plus grande part de l’effort de réduction des émissions, mais aussi aider le Sud à s’adapter à la partie devenue inévitable des changements climatiques et lui transférer des technologies propres, afin que son développement n’entraîne pas une nouvelle dégradation du climat. Il est très important que ces points aient ét